PARIS (TICsanté) – Le dossier usager informatisé (DUI) permettra à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) de mieux connaître les usagers et les prestations délivrées, a souligné son responsable du programme ESMS numérique, Didier Alain, le 29 septembre lors de la Rentrée de la e-santé organisée par l’Agence du numérique en santé (ANS).

Le DUI, équivalent du dossier patient informatisé (DPI) dans le secteur médico-social, « porte un fort espoir, celui d’avoir des données qui nous permettent de piloter la cinquième branche [de la sécurité sociale] de façon beaucoup plus éclairée qu’avec

des données qui seraient de deuxième, troisième main ou très macroscopiques », a déclaré Didier Alain. A l’heure actuelle, « la CNSA s’appuie sur des données ressaisies par des professionnels de santé qui ne viennent pas du DUI car les établissements et services médico-sociaux [ESMS] sont très peu informatisés », a-t-il précisé à TICsanté le 14 octobre.

La CNSA planche sur un système similaire au programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) qui lui permettra à terme de faire remonter des données issues des DUI sans ressaisie, et ainsi d’éviter les risques d’erreur et le temps qu’elle nécessite.

 

Il ne s’agit pas de données individuelles, auxquelles la CNSA n’a pas accès, de même qu’elle n’a pas accès à Mon espace santé (ex Espace numérique de santé), a souligné Didier Alain.

Il reste « un effort à faire » sur l’accessibilité du DUI par les usagers et leurs proches aidants, qui sont particulièrement associés aux décisions dans le secteur médico-social, a-t-il complété.

« La marche est haute pour les éditeurs, mais c’est notre voeu le plus important » pour la prochaine version de la feuille de route du numérique en santé.

Il a également souligné l’intérêt de Mon espace santé pour la continuité des parcours de soins à long terme, le médico-social concernant « de longs épisodes de vie »

, tandis que les épisodes propres au secteur sanitaire tels que les séjours hospitaliers sont plus épisodiques.

L’Espace numérique de santé (ENS) « est le seul objet capable d’avoir l’histoire de l’usager », qui peut renseigner son historique de vie, a ajouté le responsable.

« Ce n’est pas un dossier médical, c’est un dossier de santé »,

a-t-il résumé lors de la rentrée de la e-santé. « La réussite collective de ‘Mon espace santé’ est le plus fort enjeu du numérique dans le médico-social », a déclaré Odile Jamet, directrice de projets pour le secteur médico-social à la délégation ministérielle au numérique en santé (DNS).

« Tous les acteurs ont une responsabilité dans cette réussite. L’Etat doit définir les cadres éthique et technique via l’ANS, les industriels doivent les mettre en oeuvre. »

« La marche est haute » pour obtenir le référencement Ségur numérique mais « les éditeurs sont très engagés ».

Les établissements sociaux et médico-sociaux « doivent déployer les solutions et les usages », et les collectifs systèmes d’information (SI) « aider leurs pairs et parler aux acteurs de terrain ».

« On compte sur l’engagement des plus motivés pour déployer les usages au quotidien. Tout ce qu’on fait, c’est pour qu’il y ait des usages au bout », a-t-elle rappelé.

Les usages doivent correspondre « à des parcours de vie, dans le temps long, de personnes avec des prises en charge multiples », a exposé la coordinatrice du collectif SI social et médico-social Hauts-de-France, Marine Réquillart.

« Il n’y a plus de débats sur l’utilité du numérique, aujourd’hui les attentes sont fortes. Toutefois, on a encore un gros effort à faire sur la vulgarisation et la matérialisation du changement », ainsi que sur « de nécessaires corrections de mésusages, des pratiques parfois ancrées depuis longtemps, qui font partie du chemin ».

Environ 7.000 ESMS financés

Le programme ESMS numérique a permis de financer 260 opérations dans 7.000 ESMS, dont 3.000 ont démarré leur projet, a par ailleurs indiqué Didier Alain à TICsanté le 14 octobre.

Ces chiffres ne prennent pas en compte une grande partie de l’activité du programme en 2022 et vont évoluer dans les prochains mois, voire doubler.

A terme, le programme doit permettre de financer 35.000 ESMS. La CNSA « espère un rythme de 7.000 à 10.000 ESMS financés par an », et 2023 sera l’année « avec le financement le plus élevé et le nombre d’ESMS le plus important ».

Une instruction conjointe avec la DNS sera publiée au premier semestre 2023.

Les règles seront simplifiées pour les ESMS, qui sont aujourd’hui contraints de respecter les règles du code de la commande publique et passer par un marché-type mis en place par la CNSA, alors qu’ils sont nombreux à être des acteurs privés.

« On ne pouvait pas les laisser seuls face au marché » dont le niveau et l’hétérogénéité n’étaient pas satisfaisants, a expliqué Didier Alain. « Maintenant que le référencement Ségur est entré en vigueur, on estime qu’on n’a plus besoin de ce filet de sécurité. »

Enfin, la future version de la feuille de route numérique en santé s’inscrira « dans la continuité » pour le médico-social, tout en introduisant quelques nouveautés, a-t-il fait savoir.

Une expérimentation sur les usages de Mon espace santé est envisagée. Des échanges avec la DNS sont en cours sur les grandes orientations de la feuille de route.

Léo Caravagna

leo.caravagna@apmnews.com